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~ Project : Shadows ~

Chapitre 2

Je me rendormis après la sonnerie du réveil le lendemain matin, et émergeai de nouveau un moment plus tard pour constater avec irritation que je n’avais plus que quatre minutes pour m’habiller, déjeuner, et prendre le bus jusqu’à la fac au cœur de Paris pour arriver à l’heure à mon cours. Fatigué et courbaturé, j’avais mal dormi, d’un sommeil agité et entrecoupé de rêves désagréables. Je m’étais réveillé en sursaut à deux reprises, le système saturé d’adrénaline et le cœur battant la chamade, sans savoir exactement ce qui justifiait de tels accès de panique.

Dans un accès de fatalisme, je décrétai que puisque j’étais d’ores et déjà en retard, il était inutile de se précipiter outre mesure : le mal était déjà fait, alors autant prendre mon temps maintenant.

Je m’étais déjà douché en rentrant de mission cette nuit ; la douche brûlante du retour était devenue un rituel pour moi, me permettant de détendre corps et esprit, et, symboliquement, de me laver des actions de la nuit. Je me contentai donc d’enfiler une chemisette propre et un jean d’un bleu indéfini, tirés à l’aveuglette d’une armoire qui ne contenait de toute façon que ça, et passai avec un grognement agacé une main dans la masse d’épis en tous sens qui me servait de chevelure. Le rituel de la douche nocturne avait en effet ceci de déplaisant qu’il m’obligeait à me coucher les cheveux humides, et l’oreiller ne manquait jamais de créer dans ma crinière les reliefs les plus insolites, qu’il était évidemment impossible d’aplatir le lendemain à moins de me retremper la tête.

Je n’étais franchement pas d’humeur à me lancer dans une nouvelle bataille capillaire ce matin, et me résignai donc à conserver cet « effet décoiffé » que certains mecs coquets mettaient parfois des heures à obtenir à grand renfort de gels divers. De plus, observai-je cyniquement, cela s’accordait à merveille avec les cernes violacés qui assombrissaient mon regard, donc tant qu’à faire, pour parfaire le look saut-du-lit, je décidai également de m’épargner la corvée d’un rasage.

Mâchonnant distraitement une cuillerée de müesli noyé de lait, je réfléchis à ce qui n’avait pas quitté mon esprit un instant : l’incident de la veille. Je savais ce que j’avais perçu et j’étais sûr de ma déduction : je n’étais pas seul dans cet appartement, quelqu’un d’autre était sur le coup, et ce quelqu’un était à 99% de chances un agent haut de gamme des Ombres.

Certes il arrivait parfois qu’on soit plusieurs sur une même mission, mais même sans être forcément en collaboration directe, on était toujours prévenus de la présence de collègues, ne serait-ce que pour éviter de s’entretuer par erreur. De plus, dans ces cas-là, le Bureau nous fournissait un « détecteur d’Ombres », autrement dit un petit récepteur sensible aux ondes transmises par le microdispositif implanté sous la peau de chaque agent de l’organisation, qui permettait de les repérer dans un rayon d’une trentaine de mètres.
Cette fois-ci, rien de tout cela. Pourtant mon instinct me criait que la mystérieuse présence de la nuit dernière était de la même trempe que moi ; et j’avais appris depuis longtemps à faire confiance à ce sixième sens, qui m’avait plus d’une fois sauvé la mise.

Avec un coup au cœur, je pensai soudain à une explication possible de la présence d’une autre Ombre que moi, à mon insu … me surveillant. « Non, non ça ne peut pas être ça… comment ça pourrait me concerner, moi ? » Je n’avais rien fait qui puisse m’attirer une telle menace…
Mal à l’aise, je chassai rapidement cette idée aussi sinistre que peu plausible, et touchai machinalement la minuscule cicatrice, imperceptible pour qui ne la cherchait pas, au niveau de mon cou, derrière laquelle se cachait ma propre puce de reconnaissance.

La savoir là me débectait littéralement. Je détestais l’idée d’être pisté en permanence, sans compter que la seule évocation d’un objet métallique enfoncé sous ma peau suffisait à me mettre au bord du malaise. « Chochotte », avait plaisanté Donna, la seule en qui j’avais assez confiance pour m’ouvrir à ce genre de confidence. Mais au-delà du ton moqueur, j’avais deviné de la compréhension et de la compassion dans son regard, et cela avait suffi à me réconforter un moment.

Je me rendis soudain compte que je mourais d’envie de les voir, elle et Jacques. Cela faisait des semaines que je n’avais pas entendu une voix amie ; de plus, je pourrais peut-être leur parler de l’incident et leur demander leur opinion sur le sujet… Mais par-dessus tout, mes tuteurs me manquaient, et même si les relations aussi étroites et affectives que celles que nous entretenions étaient mal vues par le Bureau, j’étais prêt à braver les remontrances pour leur rendre visite aussi souvent que possible. Ce qui, cela dit, n’excédait jamais le rythme de 4 ou 5 fois par an.

Je pris donc la décision de me rendre à la villa dès ce week-end, et cette perspective me remonta assez le moral pour me donner le courage de préparer mes affaires et d’enfin partir, avec une bonne heure de retard, pour l’université.

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